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Épargne & Budget

Les femmes deux fois moins nombreuses à investir en bourse : pourquoi ce retard scandaleux persiste en 2026

Francis Bédard Francis Bédard
26 avril 2026
14 min de lecture
Les femmes deux fois moins nombreuses à investir en bourse : pourquoi ce retard scandaleux persiste en 2026

📌 L'essentiel

  • Les femmes gagnent en moyenne 3 500 euros par mois contre 4 200 euros pour les hommes et possèdent un patrimoine financier moyen de 53 000 euros contre 82 000 euros
  • 51% des femmes refusent toute prise de risque contre 31% des hommes, mais une fois investisseuses, elles détiennent autant d'actions cotées que les hommes avec 33% chacun
  • 💡 Consultez l'article pour plus de détails.

Introduction

Je sais que ce titre va faire grincer des dents, mais il faut qu'on en parle franchement. En 2026, on continue de constater un écart énorme entre les hommes et les femmes en matière d'investissement. Et avant que vous me disiez que c'est juste une question de choix personnel, laissez-moi vous montrer les chiffres du baromètre de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) publié en mars 2026. Seulement 24 % des femmes investissent en bourse, crypto ou financement participatif, contre 45 % des hommes. Deux fois moins. En 2026. Avec ma femme Sophie, on a eu cette discussion il y a quelques années quand elle m'a dit qu'elle ne se sentait pas légitime pour ouvrir son propre Plan d'Épargne en Actions (PEA). Elle gagne pourtant autant que moi comme infirmière. Ça m'a fait réaliser qu'il y avait un vrai problème systémique, pas juste individuel.

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Les chiffres qui font mal : un écart qui ne se réduit presque pas

Regardons les données brutes du baromètre AMF 2026. En 2023, 21 % des femmes investissaient. En 2024, 23 %. En 2025, 24 %. Vous voyez la progression ? Un petit 1 % par an. À ce rythme-là, on atteindra la parité en... 2047. Nos filles auront quarante ans avant de voir un monde où les femmes investissent autant que les hommes.

Et encore, ces chiffres globaux cachent des disparités selon les produits. Sur les marchés actions via la bourse, les femmes représentent 38 % des investisseurs. Ça semble presque correct, non ? Sauf que dans les crypto-actifs, elles ne sont que 26 %. Dans le financement participatif, 36 %. Et quand on regarde les investisseurs actifs (ceux qui ont fait au moins une opération d'achat ou de vente dans l'année), les femmes ne représentaient que 30 % en 2022.

Mais attention, le vrai scandale n'est pas là. Le scandale, c'est qu'on continue de présenter ça comme une question de choix ou de préférence personnelle, alors que les données montrent clairement des inégalités structurelles.

Point de vigilance : Méfiez-vous des statistiques qui comparent les montants investis sans mentionner les écarts de revenus et de patrimoine. C'est comme comparer la vitesse d'une Twingo et d'une Ferrari sans préciser qu'elles n'ont pas le même moteur.

La vraie raison numéro 1 : l'argent, tout simplement

Parlons cash. Les femmes interrogées dans le baromètre AMF déclarent des revenus moyens de 3 500 euros par mois (aides comprises), contre 4 200 euros pour les hommes. Soit 700 euros de moins chaque mois. Et leur patrimoine financier moyen ? 53 000 euros, contre 82 000 euros pour les hommes. Presque 30 000 euros d'écart.

Alors oui, évidemment que les femmes investissent moins. Quand vous avez 700 euros de moins par mois et que vous devez gérer un budget serré, votre priorité c'est de boucler les fins de mois, pas d'ouvrir un compte-titres. Je me souviens d'une période où Sophie et moi avions des fins de mois difficiles avec nos trois enfants. L'idée d'investir 100 euros en bourse nous semblait complètement lunaire. On était déjà contents de mettre 50 euros sur le Livret A.

Cette différence de revenus n'est pas un détail. C'est le cœur du problème. Quand vous gagnez moins, vous épargnez moins. Les femmes du baromètre déclarent pouvoir épargner en moyenne 210 euros par mois, contre 280 euros pour les hommes. 70 euros de différence, ça peut sembler peu, mais sur une année, ça fait 840 euros. Sur dix ans, 8 400 euros de moins à investir.

Et là, on arrive à un cercle vicieux : moins d'épargne → moins d'investissement → moins de rendement → moins de patrimoine → encore plus d'écart. Les intérêts composés, qui sont censés être le meilleur ami de l'épargnant, deviennent un amplificateur d'inégalités.

Indicateur Femmes Hommes Écart
Revenus mensuels moyens 3 500 € 4 200 € -700 €
Patrimoine financier moyen 53 000 € 82 000 € -29 000 €
Épargne mensuelle moyenne 210 € 280 € -70 €
Taux d'investissement 24 % 45 % -21 points

Frais cachés : N'oubliez pas que ces écarts de patrimoine sont également amplifiés par les frais bancaires. Une personne avec moins de revenus paye souvent proportionnellement plus de frais (découverts, cartes bancaires, etc.), ce qui réduit encore sa capacité d'épargne.

L'aversion au risque : rationnelle, pas irrationnelle

On entend souvent que les femmes sont plus averses au risque. C'est vrai : 51 % des femmes refusent toute prise de risque dans leurs placements, contre 31 % des hommes. Mais est-ce vraiment un défaut ou un problème psychologique comme on le présente souvent ?

Réfléchissons deux secondes. Si vous avez 700 euros de moins par mois et 30 000 euros de moins de patrimoine, est-ce que vous allez prendre les mêmes risques que quelqu'un qui a plus de marge de manœuvre ? Évidemment non. Une perte de 10 % sur un portefeuille de 50 000 euros, c'est 5 000 euros. Pour quelqu'un qui gagne 3 500 euros par mois, ça représente presque un mois et demi de salaire. Pour quelqu'un qui gagne 4 200 euros, c'est un peu plus d'un mois.

L'aversion au risque des femmes n'est pas irrationnelle. Elle est parfaitement logique compte tenu de leur situation financière. Quand on a moins de coussin de sécurité, on prend moins de risques. C'est du bon sens, pas de la psychologie féminine.

Et d'ailleurs, regardez les jeunes femmes Cadres et professions intellectuelles Supérieures (CSP+) de moins de 35 ans : 61 % d'entre elles acceptent de prendre un peu de risque, contre seulement 32 % pour les autres femmes. Qu'est-ce qui change ? Leur situation financière. Ces jeunes femmes ont généralement de meilleurs salaires et commencent à se constituer un patrimoine. Résultat : elles investissent autant que les hommes de leur catégorie, avec 48 % d'entre elles qui détiennent des produits d'investissement.

Point de vigilance : Attention aux discours qui vous disent que vous devez "apprendre à prendre des risques" sans prendre en compte votre situation réelle. Le risque acceptable dépend de vos revenus, votre épargne de précaution et vos charges. Ne laissez personne vous culpabiliser.

Le mythe des compétences : les femmes sont aussi bonnes que les hommes

Autre argument qu'on entend souvent : les femmes s'y connaîtraient moins en finance. Le baromètre montre que 28 % des femmes s'estiment compétentes en matière d'épargne et de placements, contre 51 % des hommes. Presque deux fois moins. Ça semble confirmer l'idée, non ?

Sauf que voilà : quand on teste réellement les connaissances financières, l'écart est bien plus faible. Dans le baromètre AMF, 9 % des femmes ont répondu correctement aux trois questions de connaissances financières, contre 15 % des hommes. Seulement 6 points d'écart, pas 23 points comme dans l'auto-évaluation.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Que les femmes sous-estiment leurs compétences, ou que les hommes les surestiment. Probablement les deux. Les hommes ont tendance à se croire plus compétents qu'ils ne le sont réellement (on appelle ça le biais de surconfiance), tandis que les femmes sont plus réalistes, voire trop modestes.

Et la preuve ultime que ce n'est pas une question de compétence ? Regardez les femmes qui investissent réellement. Parmi les investisseuses, 33 % détiennent des actions cotées, exactement comme les investisseurs hommes (32 %). Elles sont 22 % à faire du capital-investissement, contre 17 % des hommes. Elles détiennent des fonds d'investissement à 23 %, comme les hommes. Sur l'assurance-vie avec supports non garantis, elles sont même légèrement plus nombreuses : 32 % contre 30 %.

Une fois qu'elles franchissent le pas, les femmes investissent aussi bien que les hommes. Le problème n'est donc pas la compétence, mais la confiance initiale pour se lancer.

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Le vrai scandale : une industrie financière conçue pour les hommes

Maintenant, parlons de l'éléphant dans la pièce. L'industrie financière elle-même. Je me souviens d'une expérience que Sophie a vécue il y a trois ans. Elle est allée voir notre conseiller bancaire pour ouvrir son propre PEA. Le conseiller a passé 20 minutes à lui expliquer les bases, comme si elle était une débutante totale, alors qu'elle gère notre budget familial depuis des années. Quand j'y suis allé quelques mois plus tard pour la même chose, il est allé droit au but et m'a proposé des produits complexes en 5 minutes.

Cette expérience, des milliers de femmes la vivent. Les conseillers bancaires s'adressent naturellement au mari dans un couple. Les publicités pour les produits d'investissement montrent des hommes en costume. Le jargon financier est volontairement complexe, comme pour créer un club privé où il faut montrer qu'on maîtrise les codes.

Et puis il y a les horaires. Les agences bancaires sont ouvertes quand ? En journée, quand les gens travaillent. Les formations sur l'investissement sont organisées quand ? Le soir ou le week-end. Mais qui, statistiquement, gère encore majoritairement les enfants et les tches domestiques en rentrant du travail ? Les femmes. Résultat : moins de temps pour se former, moins de disponibilité pour rencontrer des conseillers, moins d'occasions de se lancer.

Le baromètre montre d'ailleurs que 50 % des femmes déclarent ne pas s'informer sur la bourse et les marchés financiers, contre 27 % des hommes. Mais est-ce vraiment un manque d'intérêt ou un manque de temps et d'accessibilité ?

Frais cachés : Certaines banques facturent encore plus cher les services pour les comptes individuels que pour les comptes joints, pénalisant ainsi les femmes qui veulent gérer leur argent séparément. Vérifiez bien les grilles tarifaires.

Les femmes qui investissent : elles choisissent seules et ça change tout

Une donnée m'a particulièrement frappé dans le baromètre 2026 : 46 % des femmes déclarent aujourd'hui choisir seules leurs placements, contre 43 % des hommes. C'est la première fois que les femmes dépassent les hommes sur cet indicateur d'autonomie. Et cette proportion était de seulement 32 % en 2023 pour les femmes suivant une recommandation professionnelle, contre 23 % en 2025.

Qu'est-ce que ça signifie ? Que les femmes prennent progressivement le contrôle de leurs finances. Elles ne veulent plus dépendre d'un conseiller (souvent un homme) qui décide à leur place. Elles veulent comprendre, apprendre et décider. Et franchement, c'est une excellente nouvelle.

Cette autonomie croissante s'explique aussi par la digitalisation. Les néo-courtiers, les applications d'investissement, les formations en ligne : tout ça permet d'apprendre à son rythme, sans avoir à affronter le regard parfois condescendant d'un conseiller. Sophie a ouvert son PEA en ligne en 15 minutes sur Trade Republic après avoir regardé des vidéos YouTube. Elle n'a eu besoin de personne pour valider son choix.

Mais attention, cette autonomie ne doit pas rimer avec isolement. On a tous besoin d'échanger, de poser des questions, de valider nos stratégies. C'est pour ça que les communautés d'investisseuses se développent, sur les réseaux sociaux ou dans des groupes dédiés. Et c'est tant mieux.

Exemple concret : Sophie et son PEA démarré avec 50 euros

Sophie, 38 ans, infirmière à Lyon, gagne 2 800 euros net par mois. Avec trois enfants et un crédit immobilier de 850 euros par mois, son budget est serré. Mais en 2023, elle a décidé de franchir le pas et d'ouvrir son propre PEA.

Elle a commencé avec 50 euros par mois. Pas 500 euros, pas 200 euros. Juste 50 euros. Elle a choisi un Exchange Traded Fund (ETF) monde (le Amundi MSCI World) parce qu'elle voulait quelque chose de simple et diversifié. Pas de stock-picking, pas de trading, pas de crypto. Juste un placement régulier et automatique.

Trois ans plus tard, en 2026, elle a versé 1 800 euros (50 euros × 36 mois). Avec une performance moyenne de 8 % par an (la moyenne historique des actions mondiales), son PEA vaut aujourd'hui environ 2 150 euros. Elle a gagné 350 euros, soit presque 20 % de rendement sur trois ans.

Mais le plus important, ce n'est pas le rendement. C'est qu'elle a cassé la barrière psychologique. Elle s'est prouvé qu'elle pouvait investir, qu'elle en était capable, qu'elle n'avait pas besoin d'être une experte. Et maintenant, elle augmente progressivement ses versements. Depuis janvier 2026, elle met 75 euros par mois.

Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'elle n'a jamais paniqué pendant les baisses. En 2024, quand les marchés ont corrigé de 15 %, elle a continué ses versements mensuels. Pourquoi ? Parce qu'elle avait pris le temps de comprendre sa stratégie et qu'elle investissait uniquement ce qu'elle pouvait se permettre de perdre temporairement.

Mon avis : arrêtons de culpabiliser les femmes

Je vais être direct : j'en ai marre qu'on présente le sous-investissement des femmes comme un problème individuel de psychologie ou de compétence. C'est un problème systémique d'inégalités de revenus, de charge mentale et d'une industrie financière qui n'a jamais été pensée pour elles.

Quand je lis que 51 % des femmes refusent le risque, je ne vois pas un défaut. Je vois des personnes rationnelles qui adaptent leur stratégie à leur situation. Quand je lis que 28 % des femmes s'estiment compétentes, je ne vois pas de l'ignorance. Je vois de la lucidité face à un monde qui les a toujours tenues à l'écart.

Et franchement, l'argument des compétences, ça me fatigue. J'ai rencontré tellement d'hommes qui investissent n'importe comment, qui tradent sur des coups de tête, qui mettent tout leur argent sur une seule action parce qu'ils ont lu un article sur Reddit. La surconfiance masculine cause probablement plus de pertes que la prudence féminine.

Ce qu'il faut, c'est arrêter de dire aux femmes qu'elles doivent "apprendre à prendre des risques" et commencer à construire un système financier plus juste. Des salaires égaux, des conseillers formés à ne pas être condescendants, des produits d'investissement accessibles dès 50 euros par mois, des formations gratuites et disponibles le soir.

Et surtout, arrêtons de présenter l'investissement comme un truc de trader en costume dans un bureau vitré. Investir, c'est juste mettre de l'argent de côté de façon plus efficace qu'un Livret A. C'est à la portée de tout le monde, y compris avec un petit budget.

Pour aller plus loin

Si vous voulez vraiment comprendre les mécanismes psychologiques et sociaux qui créent ces inégalités, je vous recommande de creuser le sujet. Il existe des ressources excellentes qui expliquent comment le couple hétérosexuel, le monde du travail et le système financier perpétuent ces écarts.

Pour les aspects pratiques de l'investissement accessible, plusieurs ouvrages démystifient la bourse et montrent qu'on peut commencer avec peu. L'éducation financière, c'est la première étape pour reprendre le contrôle.

Ressources recommandées

LivreAuteurPourquoiLien
Le prix à payer: Ce que le couple hétérosexuel coûte aux femmesLucile QuilletPour comprendre les inégalités financières dans le couple et reprendre le contrôle de son argentAmazon
Petit manuel d'éducation financièreA-C. BennevaultPour une éducation financière accessibleAmazon
Épargnant 3.0Édouard PetitPour comprendre les ETF simplementAmazon

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N'oubliez pas non plus que les communautés en ligne peuvent être une ressource précieuse. Des groupes Facebook aux forums spécialisés, il existe des espaces où poser vos questions sans jugement. Sophie a rejoint un groupe d'investisseuses débutantes qui l'a énormément aidée à se lancer.

Ce qu'il faut retenir

1. L'écart d'investissement entre hommes et femmes n'est pas une question de compétence ou de psychologie, mais d'inégalités structurelles : 700 euros de revenus mensuels en moins et 30 000 euros de patrimoine en moins, ça explique mécaniquement pourquoi les femmes investissent moins.

2. Les femmes qui investissent le font aussi bien que les hommes : 33 % détiennent des actions cotées (comme les hommes), et elles sont même plus nombreuses à faire du capital-investissement. Le problème n'est pas la performance, mais le passage à l'action.

3. Commencer petit est parfaitement valable : 50 euros par mois sur un PEA avec un ETF monde, c'est déjà un excellent début. Pas besoin d'avoir 10 000 euros d'épargne ou d'être une experte. L'important, c'est de franchir le pas et d'apprendre en faisant.

Je sais que ce sujet peut être frustrant, surtout si vous vous reconnaissez dans ces statistiques. Mais rappelez-vous : l'autonomie financière, ça se construit pas à pas. Chaque petit versement compte, chaque formation suivie vous rapproche de vos objectifs. Vous n'avez pas besoin de rattraper vingt ans de retard en six mois. Vous avez juste besoin de commencer aujourd'hui, à votre rythme, avec vos moyens.

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Francis Bédard

Francis Bédard

Papa de 3 enfants, j'ai dû apprendre à gérer un budget serré. Aujourd'hui, j'aide les débutants à reprendre le contrôle de leurs finances.