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Pourquoi 73% des femmes surendettées vivent seules : l'argent est aussi une affaire de femmes

Francis Bédard Francis Bédard
28 avril 2026
12 min de lecture
Pourquoi 73% des femmes surendettées vivent seules : l'argent est aussi une affaire de femmes

📌 L'essentiel

  • Les mères seules représentent 18,9% des dossiers de surendettement alors qu'elles ne sont que 7,9% de la population française, soit 2,4 fois plus touchées selon la Banque de France en mars 2026
  • Les femmes gagnent en moyenne 3 500 euros par mois contre 4 200 euros pour les hommes, et leur patrimoine financier moyen ne représente que 65% de celui des hommes avec 53 000 euros contre 82 000 e...
  • Seulement 24% des femmes investissent en bourse contre 45% des hommes, et 51% des femmes refusent tout risque sur leurs placements contre 31% des hommes, ce qui creuse l'écart patrimonial sur le lo...

Introduction

Avec mes trois enfants, j'ai appris une chose : on parle de tout à la maison. De sexualité, de politique, de religion... mais bizarrement, l'argent reste un sujet délicat. Et quand je regarde autour de moi, je constate que ce silence frappe encore plus les femmes. L'étude de la Banque de France publiée en mars 2026 vient de le confirmer : les mères seules sont 2,4 fois plus touchées par le surendettement que le reste de la population. Pas les pères seuls. Les mères. Ce n'est pas un hasard, c'est le résultat d'un système qui a longtemps exclu les femmes des conversations financières. En 2026, il est temps que ça change.

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Le constat accablant de mars 2026

La Banque de France a publié le 5 mars 2026 une étude qui fait froid dans le dos. Sur les 148 013 dossiers de surendettement déposés en 2025 (soit +9,8% en un an), 73% concernent des personnes vivant seules. Mais le chiffre qui frappe vraiment, c'est celui-ci : 18,9% des dossiers concernent des mères seules avec enfants, alors qu'elles ne représentent que 7,9% de la population française.

Vous voyez le problème ? Les pères seuls, eux, représentent 1,9% des dossiers... pour 1,9% de la population. Aucune surreprésentation. Ce n'est donc pas la monoparentalité en soi qui pose problème, c'est la monoparentalité féminine.

Pourquoi ? Parce que les mères seules cumulent plusieurs handicaps financiers :

  • Des revenus d'activité plus faibles : seulement 46% de leurs ressources proviennent du travail (contre 60% pour les pères seuls)
  • Un endettement médian de 16 417 €, qui semble modeste mais devient écrasant quand 61% d'entre elles ont une capacité de remboursement négative
  • Des pensions alimentaires qui n'arrivent pas toujours, mais que les banques comptent dans le calcul de capacité d'emprunt
  • Une honte à demander de l'aide : 59% des femmes déclarent ressentir de la gêne à déposer un dossier de surendettement (contre 54% des hommes)

Je sais ce que vous pensez : "Oui mais Francis, c'est à cause des salaires plus bas, non ?" Oui, en partie. Mais ce n'est pas tout.

L'écart commence dès le premier salaire

L'enquête Ifop pour La France Mutualiste de juin 2025 le confirme : les femmes déclarent des revenus mensuels moyens de 3 500 €, contre 4 200 € pour les hommes. Leur patrimoine financier moyen ? 53 000 €, soit 65% de celui des hommes (82 000 €).

Ces écarts s'expliquent par trois freins principaux :

1. Des emplois moins rémunérés (temps partiel, écarts de salaires, plafond de verre) : 59% des répondants le citent

2. Le temps consacré à la famille (ménage, courses, enfants) : 44%

3. La maternité et les carrières hachées : 44%

Mais même à situation professionnelle équivalente, des facteurs psychologiques maintiennent l'écart. Regardez ces chiffres du baromètre AMF d'octobre 2025 :

Situation professionnelle Femmes à l'aise Hommes à l'aise Écart
Créer son entreprise 18% 31% -13 points
Demander une augmentation 37% 54% -17 points
Obtenir une promotion 50% 66% -16 points
Négocier son salaire 41% 58% -17 points

Avec mes trois enfants, j'ai dû apprendre à négocier mon salaire. Au début, je me sous-estimais. J'avais peur de paraître arrogant, de demander trop. Mais j'ai compris que si je ne défendais pas ma valeur, personne ne le ferait à ma place. Les femmes de mon entourage vivent souvent ce même blocage, en pire.

L'aversion au risque qui coûte cher

Voici le paradoxe : les femmes épargnent autant que les hommes (72% détiennent au moins un livret réglementé, taux identique), mais elles investissent beaucoup moins. Selon l'enquête Ifop de janvier 2024 :

- 51% des femmes refusent tout risque sur leurs placements (contre 31% des hommes)

  • Seulement 34% acceptent de prendre un risque pour espérer un meilleur rendement (contre 57% des hommes)

- 24% des femmes investissent en bourse (contre 45% des hommes)

- 5% détiennent des crypto-actifs (contre 15% des hommes)

Résultat : les femmes ne représentent que 38% des investisseurs en bourse et 26% des détenteurs de crypto-actifs.

Pourquoi est-ce un problème ? Parce que sur le long terme, l'inflation grignote l'épargne sans risque. Un Livret A à 2,4% en 2026, c'est bien. Mais quand l'inflation dépasse les 2% (comme prévu au printemps 2026 selon l'Insee), votre pouvoir d'achat stagne. Pendant ce temps, les marchés actions ont historiquement rapporté 8 à 10% par an sur longue période.

Je ne dis pas qu'il faut tout mettre en bourse demain. Mais ne pas diversifier, c'est prendre le risque de s'appauvrir lentement.

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Le piège du couple hétérosexuel

L'étude Ifop révèle une réalité dérangeante : dans les couples hétérosexuels, 74% des hommes déclarent toucher le revenu le plus élevé du foyer (contre seulement 33% des femmes). Et cette asymétrie se traduit dans la gestion quotidienne :

- 52% des femmes gèrent les dépenses courantes (contre 22% des hommes)

- 42% des hommes gèrent les placements financiers (contre 29% des femmes)

- 33% des hommes décident des achats immobiliers (contre 15% des femmes)

Vous voyez le schéma ? Les femmes gèrent le quotidien (courses, factures, école), les hommes gèrent le patrimoine (investissements, immobilier). Cette division n'est pas neutre : elle éloigne les femmes des décisions qui construisent la richesse à long terme.

Et quand le couple se sépare ? C'est là que le drame se joue. Seulement 49% des femmes se déclarent capables de gérer seules les finances du foyer en cas de séparation ou de décès du conjoint (contre 65% des hommes).

Chez moi, ma compagne et moi avons décidé de tout gérer ensemble. On discute des investissements, on prend les décisions à deux, on se forme ensemble. Pas parce que je suis féministe (même si je le suis), mais parce que c'est plus intelligent. Deux cerveaux valent mieux qu'un, et si l'un de nous disparaît demain, l'autre doit pouvoir continuer.

La sous-estimation qui tue

Voici le pire : les femmes sous-estiment leurs compétences financières. Le baromètre AMF 2025 montre que seulement 28% des femmes se jugent bien informées sur les placements financiers (contre 51% des hommes). Pourtant, quand on teste les connaissances réelles, les écarts sont bien plus faibles.

C'est ce qu'on appelle le biais d'humilité féminin : les femmes tendent à sous-estimer leurs connaissances là où les hommes surestiment les leurs. Résultat ? Les femmes n'osent pas se lancer.

Les freins qu'elles évoquent pour ne pas investir :

1. Manque de revenus (premier frein pour les produits boursiers)

2. Manque de connaissances (premier frein pour les Investissements Socialement Responsables ou ISR)

3. Peur de perdre (lié à l'aversion au risque)

Mais regardez ce chiffre : 95% des femmes veulent mieux comprendre les questions financières. L'appétit est là ! Ce qui manque, c'est l'accompagnement et la confiance.

Exemple concret : Sophie, 38 ans, aide-soignante

Sophie, 38 ans, aide-soignante à Lyon, gagne 1 580 € net par mois. Elle a deux enfants de 8 et 11 ans, touche 380 € d'Aide Personnalisée au Logement (APL) et 200 € de pension alimentaire (quand son ex paie). Total : 2 160 € par mois.

Ses charges fixes :

  • Loyer : 750 €
  • Électricité et gaz : 120 €
  • Mutuelle : 80 €
  • Assurance auto : 60 €
  • Forfaits téléphone : 50 €
  • Essence : 150 €
  • Total charges fixes : 1 210 €

Reste pour vivre : 950 € pour deux enfants et elle. Soit 317 € par personne et par mois. Pour l'alimentation, les vêtements, les loisirs, les imprévus...

Sophie a trois crédits à la consommation :

1. Crédit Cetelem (reste 5 400 €) : 180 €/mois à 18,5%

2. Crédit auto Sofinco (reste 7 200 €) : 220 €/mois à 6,8%

3. Crédit renouvelable Cofidis (reste 2 800 €) : 100 €/mois à 19,2%

Total mensualités : 500 €. Il lui reste donc 450 € pour vivre à trois. Avec l'inflation du printemps 2026 (carburant, alimentation, énergie), elle est passée en capacité de remboursement négative. Un seul imprévu pneu crevé, cantine impayée, lunettes cassées et c'est la spirale.

Sophie aurait pu faire un rachat de crédits à 6,8% sur 84 mois, ramenant sa mensualité à 235 € et libérant 265 € par mois. Mais elle ne savait pas que c'était possible. Personne ne lui en avait parlé.

Les signaux encourageants de 2026

Pas de panique, on va voir ça ensemble. Les choses bougent. L'étude de la Banque de France et les baromètres récents montrent des évolutions positives :

  • La part des femmes investissant en direct est passée de 21% en 2023 à 24% en 2025
  • L'intérêt pour les actions est passé de 17% en 2022 à 25% en 2025
  • Parmi les femmes de moins de 35 ans catégorie socioprofessionnelle supérieure (CSP+), 48% détiennent au moins un produit d'investissement (le double de la moyenne nationale)
  • Chez ces jeunes femmes CSP+, 61% acceptent un peu de risque (contre 34% pour l'ensemble des femmes)

Et regardez ça : les données de Meilleurtaux Placement révèlent que les femmes qui franchissent le pas investissent deux fois plus que les hommes en montant initial médian (20 000 € contre 10 100 €). Elles sont moins nombreuses à investir, mais quand elles le font, elles s'engagent avec conviction.

Le plus important, c'est de commencer. Même 20 €/mois, c'est un début. Avec trois enfants, j'ai dû apprendre à épargner sur un budget serré. Mon premier investissement ? 50 € sur un Plan d'Épargne en Actions (PEA) via un Exchange Traded Fund (ETF) monde. Pas de quoi devenir riche, mais c'était un premier pas.

Mon avis personnel

Je vais être direct : le système financier a été construit par des hommes, pour des hommes. Les banquiers parlent aux hommes, les conseillers financiers s'adressent aux hommes, les pubs pour les crédits ciblent les hommes. Et pendant ce temps, on laisse les femmes gérer le quotidien sans leur donner les clés du patrimoine.

C'est absurde. Parce que les femmes sont d'excellentes gestionnaires elles le prouvent tous les jours en faisant tenir un budget familial sur trois fois rien. Ce qui leur manque, ce n'est pas la compétence, c'est la confiance et l'accompagnement.

J'ai vu trop de mères autour de moi galérer après un divorce parce qu'elles ne savaient pas où était l'argent, comment fonctionnait le Livret d'Épargne Populaire (LEP), ce qu'était un Plan d'Épargne Retraite (PER). Leur ex gérait tout. Et du jour au lendemain, elles se sont retrouvées seules face à des décisions financières complexes.

Mon conseil ? Commencez petit, mais commencez maintenant. Ouvrez un LEP si vous êtes éligible (plafond de revenus : 23 400 € pour une personne seule en 2026, taux à 4% net). Mettez 20 € par mois dessus. Puis formez-vous : podcasts, newsletters, livres (voir ci-dessous). Et surtout, parlez d'argent. Avec votre conjoint, vos enfants, vos amies. Le silence enrichit les banques, pas vous.

Pour aller plus loin

Si vous voulez vraiment reprendre le contrôle de vos finances, je vous conseille trois ressources :

Ressources recommandées

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Le prix à payer: Ce que le couple hétérosexuel coûte aux femmesLucile QuilletPour comprendre les inégalités financières dans le couple et reprendre le contrôle de son argentAmazon
La Psychologie de l'ArgentMorgan HouselPour comprendre vos biais comportementauxAmazon
Petit manuel d'éducation financièreA-C. BennevaultPour une éducation financière accessibleAmazon

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Et n'oubliez pas : l'éducation financière, ce n'est pas un luxe réservé aux riches. C'est une compétence de survie. Les femmes qui commencent à s'y intéresser aujourd'hui seront les rentières de demain.

Quelques ressources gratuites pour démarrer :

  • Les podcasts de La Martingale (éducation financière accessible)
  • La chaîne YouTube de Finary (investissement simplifié)
  • Le simulateur de rachat de crédits de PretX (gratuit et sans engagement)
  • Les formations gratuites de l'Institut pour l'Éducation Financière du Public (IEFP)

Ce qu'il faut retenir

1. Les mères seules sont 2,4 fois plus touchées par le surendettement : ce n'est pas une fatalité, c'est le résultat d'inégalités structurelles (salaires, carrières, éducation financière). Agir tôt avec un rachat de crédits peut éviter la spirale.

2. L'aversion au risque coûte cher sur le long terme : refuser tout risque, c'est laisser l'inflation grignoter son épargne. Diversifier avec 10 à 20% en bourse (via des ETF sur PEA) permet de protéger son pouvoir d'achat sans devenir trader.

3. L'éducation financière est la clé : 95% des femmes veulent mieux comprendre les finances, mais seules 28% se jugent bien informées. Podcasts, livres, formations gratuites : les ressources existent. Commencez par 20 €/mois sur un LEP et formez-vous progressivement.

Pas de panique, on est tous passés par là. Moi le premier. Le plus important, c'est de commencer. Même petit. Même imparfait. Parce que dans 10 ans, vous regretterez de ne pas avoir commencé aujourd'hui.

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Francis Bédard

Francis Bédard

Papa de 3 enfants, j'ai dû apprendre à gérer un budget serré. Aujourd'hui, j'aide les débutants à reprendre le contrôle de leurs finances.